Jean Claude Libert à Moly Sabata (1952 à 1956)

 

Jean-Claude Libert à Moly Sabata (1952 à 1956)

A Pâques 1947 Jean-Claude Libert descend en famille avec sa compagne Yvette à Villeneuve les Avignon dans la propriété de ses parents. 
Grâce à l’écrivain et poète Raymond Christoflour qui habite Villeneuve, il fait la connaissance pour la première fois d’Albert Gleizes et de sa femme Juliette Roche.
Une amitié et une complicité s’installe dès lors entre eux, qui se poursuivra avec une riche correspondance.
Jean Claude et Yvette feront régulièrement de fréquentes visites aux Gleizes qui habitent dans leur propriété des Méjades à St Rémy de Provence.

A son retour à Paris en 1949, Jean-Claude revoit les Gleizes chez Colette Allendy.
En effet, Gleizes doit participer à la grande exposition d’Art Sacré organisée par le critique d’Art Bernard Dorival l’année suivante au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Il demande à Jean-Claude qui a son atelier rue Gros dans le 16ème, de l’aider pour  surveiller de très près le montage de « la Chute de Babylone » une de ses œuvres majeures qui sera présentée à l’exposition.
A cette occasion, bien des discussions philosophiques et picturales auxquelles Jean-Claude participe alors, notamment à propos de la situation des peintres à Paris les font se rapprocher l’un et l’autre.
A cette époque Libert est dans la mouvance du néo-cubisme avec la renaissance de la « section d’or » (le nombre d’or), mais il travaille aussi dans l’affaire familiale de dessins pour tissus « Atelier Libert », affaire florissante avant guerre qui employait 45 dessinateurs  mais qui après la guerre est contrainte à licencier une grande partie du personnel. Il y réalise encore la plupart des dessins pour tissus qui rencontrent un grand succès auprès des soyeux lyonnais, mais aussi des anglais.
Jean-Claude est gêné par le côté « facile » du dessin pour tissus et pense sérieusement à quitter la  Maison Libert. Gleizes voyant son désarroi soumet l’idée au couple Libert (Jean-Claude et Yvette) de partir à Moly Sabata pour reprendre l’atelier de poterie d’Anne Dangar décédée en 1951.
Après la mort de son père Marcel Libert fin 49, une polémique s’installe dans la famille pour la succession de l’Atelier Libert. Jean Claude se décide à partir pour Moly en Mars 1952.

Il apprendra là bas son métier de potier à Roussillon auprès de Paquaud, potier-paysan de la vallée du Rhône, comme Anne Dangar l'avait fait 20 ans plus tôt.
Son style s'inspire alors parfois du style de Moly (spirale "Dangar"). Sa femme Yvette ainsi que Lucie Deveyle tisserande qui fut l’assistante d’Anne Dangar, le secondent dans la vente de ses poteries.
Leurs deux enfants Blandine et Guillaume naissent à Moly en 1952 et 1954.
Jean Claude et Yvette quittent Moly fin 1955 après le décès d’Albert Gleizes pour s'installer à Villeneuve les Avignon et y monter leur propre atelier de potiers.

 

QUELQUES CITATIONS :

 

« Voilà où est le problème social dans sa signification réelle, sur son véritable terrain traditionnel. A la marée matérialiste qui s’élève de plus en plus terrible nous opposons sereinement le barrage de l’esprit…

 

… dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».

                                           Albert GLEIZES – 24/09/1946

 

 

« Il n’y a que deux attitudes possibles face à un monde qui tourne le dos à la Tradition : tourner le dos à son tour à ce monde, en s’en retranchant, en s’isolant, et en essayant de servir d’exemple. L’autre attitude est d’investir ce monde dans tous les domaines de sa frénésie, pour essayer de le retourner de l’intérieur.
Gleizes d’un côté, Duchamp de l’autre. Je ne conclurai pas, peut-être faut-il la coexistence des deux attitudes. »

                                     Jean-Claude LIBERT – 23/06/1977

 

jean claude libert à Moly Sabata
Jean Claude Libert sur le tour de potier de Moly

 

Yvette Libert sur le balcon de Moly Sabata

Yvette Libert sur le balcon de Moly Sabata (photo archives Libert)

 

Jean Claude Libert fait la lecture à ses deux enfants, Blandine et Guillaume
Jean Claude Libert fait la lecture à ses deux enfants Blandine et Guillaume (photo archives Atelier Libert)

Yvette avec sa fille Blandine sur le balcon de Moly Sabata

 

 

Historique de Moly Sabata

 

façade de Moly Sabata vue du chemin de halage Photo Franceschi - Zodiaque

 

Moly-Sabata est une grande demeure, d'époque Louis XVI, classée, située sur les bords du Rhône, dans le quartier Sud de Sablons dit "Fond de sablons".

Ce quartier fut jadis un port romain important. Il fut aussi le centre historique de Sablons, en face d'ailleurs de celui de Serrières, à Saint Sornin, comme le prouve l'ancienne digue, maintenant sous les eaux, et l'emplacement de la vieille église Saint Ferreol.

De celle-ci, les crues du Rhône n'ont laissé que l'emplacement qui sert de place et qui reste appelée "cimetière". Mitoyenne, Moly-Sabata se dresse, superbe, mystérieuse, cloisonnée de murs. Sa proximité extrême du Rhône en fait un site particulièrement touché par les crues du Rhône qui explique certainement son nom particulièrement explicite : Moly Sabata signifie "mouille-savate" - pieds dans l'eau. Ceci est moins vrai désormais dans la mesure où le "vieux Rhône s'est assagi, du fait de la mise en place du canal de dérivation. D'abord relais de batelier, il fut ensuite couvent, puis abrita, plus récemment en 1890, là où Anne Dangar animera plus tard l'atelier du Rhône, une école libre "Ecole Paul Bertois et Bertrand Charmes". Cette école ou salle de catéchisme ferma en 1906, après la rupture entre l'Eglise et l'Etat en 1904. Mais Moly-Sabata a acquis sa notoriété suite à l'initiative d'Albert Gleizes qui en le louant à partir de octobre 1927 puis en l'achetant en 1938, décida d'en faire un centre artistique. Il y accueillit les artistes les plus divers, dans une sorte d'utopie communautaire, pour leur permettre d'exprimer leur art, mais aussi de partager une vision dont les bases citée plus haut, avaient été établies par A. Gleizes. Moly fut endommagé par un incendie en Octobre 1983. Cette communauté a retrouvé vie grâce à l'arrivée de Gilka BECLU-GEOFFRAY au printemps 1990. Elle reste donc active sous le patronage du Ministère de la Culture et de la Fondation Albert Gleizes (fondation créée suite aux dispositions testamentaires de Mme Gleizes le 23 Mars 1984). La vie à Moly-Sabata de 1930 à 1951 fut souvent comparée à une vie monastique, de renoncement, au confort élémentaire. Elle était alors représentative de la démarche même d'Albert Gleizes qui était de confondre progressivement l'art, la vie, et la foi en Dieu. Les artistes de Moly partagent les convictions fortes d'Albert Gleizes exprimées dans ses ouvrages sur le Cubisme et notamment : la conviction d'une vérité absolue dans l'Art, l'attrait de l'absolu dans sa simplicité dépouillée, qui explique notamment le retour aux techniques premières, et les fortes influences "primitives" la recherche de la perfection dans la technique l'importance de l'"oeuvre des mains" - savoir-faire intelligent des artisans et paysans l'attrait de l'"art populaire", à opposer à l'art de salon, sophistiqué, raffiné (qui conduisait notamment ces artistes à refuser les expositions "mondaines"). la nécessité de transmettre les acquis, par l'enseignement oral ou l'écrit.

 

 

l'atelier de poterie de Moly Sabata en 1950

L'Atelier de poterie de Moly Sabata (Photo Franceschi-Zodiaque)

 

la maison de Moly Sabata
La façade sur le jardin (photo Franceschi-Zodiaque)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

Les deux photographies de la façade de Moly Sabata signées (Photo Franceschi-Zodiaque) sont extraites de la très belle revue ZODIAQUE consacrée à Anne Dangar dans l'hommage que les Cahiers de l'Atelier du Coeur Meurtry lui ont rendu en 1972.

Les cahiers Zodiaque ainsi que les remarquables ouvrages sur les églises et cathédrales de France et d'Europe étaient illustrés de superbes photographies reproduites en hélio.

Zodiaque était dirigé à l'époque par Don Amgelico Surchamp éditée par l'Atelier du Coeur Meurtry à l'Abbaye de la Pierre Qui Vire dans le Morvan.

SITE DE L'ABBAYE DE LA PIERRE QUI VIRE